Carnet de bord – les îles Anglo-Normandes à la voile

Iless Anglo-Normandes _ KazadenLes îles Anglo-Normandes sont comme une Angleterre en miniature. À seulement quelques heures de navigation depuis Cherbourg, elles offrent le dépaysement d’une terre insulaire gâtée par la nature – et imprégnée de culture britannique. Pour les découvrir, Dorine et Guilhem, nos envoyés (et aventuriers) spéciaux, ont choisi une croisière dans les Iles Anglo-Normandes à bord d’un superbe voilier. Un navire à voile de 20.5 m, rapide et confortable, conçu pour la navigation océanique. De retour à Paris, Dorine a pris la plume pour nous raconter leur périple. Un voyage ponctué de paysages sauvages, de bonnes rigolades et de plats délicieux.

Nous sautons Guilhem et moi dans le train de 18h04, direction Cherbourg. Arrivée 21h20, fatigués certes par notre longue journée mais surtout contents de rencontrer Olivier, notre skipper et son voilier de 20,5 mètres, rien que ça ! Nous sommes tout excités à l’idée de passer trois jours sur l’eau. Pour Guilhem c’est une première, il ne sait pas trop ce qui l’attend mais une chose est sûre : c’est l’aventure et ça va être génial. Moi qui ai déjà fait de la voile habitable, je me rends compte petit à petit de la chance que j’ai d’embarquer sur un aussi beau bateau. Je frétille d’impatience.

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La jupe arrière de 5 mètres promet de belles baignades et le mât en carbone, une impressionnante toile !

Olivier nous attend à la gare avec son petit camion et son grand sourire. Le contact se fait très facilement et nous nous sentons tout de suite à l’aise. Direction le ponton pour poser les affaires. Malgré le port plongé dans la nuit, j’arrive à deviner les courbes racées et élégantes du voilier. La jupe arrière de 5 mètres promet de belles baignades et le mât en carbone, une impressionnante toile ! Pour monter sur le bateau, il faut emprunter l’escabeau posé sur le ponton. Ce n’est pas du haut de mes 1m68 que je vais arriver à enjamber les chandeliers. Pas de quoi s’inquiéter, Olivier aussi, 1m85, doit monter les trois petites marches pour poser pied sur son bateau. Une fois les affaires déposées, nous filons vers le restaurant typique du coin appelé « Le Commerce », avant que sa cuisine ne ferme. Tartare pour Olivier et Guilhem, steak à la sauce camembert pour moi ! Après tout, c’est la spécialité normande alors pourquoi pas ?

De retour au bateau, nous rangeons l’avitaillement à l’intérieur. Olivier a tout prévu ! J’aperçois dans les sacs de courses de beaux avocats, des légumes en tout genre, du fromage (et pas qu’un peu !), des cagettes entières de brugnons, de pommes… Ah, et des citrons verts aussi ! Ti-punch à l’horizon ? Le reste de l’équipage nous rejoindra un peu plus tard vers minuit. Je les rencontrerai seulement le lendemain car je dors déjà sur mes deux oreilles dans une des deux cabines arrière, rien que pour moi ! Grand luxe.

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On fait comme d’hab, trois au pied de mat pour la drisse de grand voile, un à la manivelle, deux qui s’occupent des parbat’.

Découverte des Îles Anglo-Normandes

Réveil 7 heures. Objectif ? Appareiller à 8 heures car une belle navigation nous attend. Après un bon petit-déjeuner avec pain grillé, confiture maison et café chaud, Olivier nous fait le brief sécurité et nous apprend le fonctionnement de son bateau : les winchs, la grand voile, la trinquette, le génois, etc. Nous verrons la suite pendant la navigation. Son voilier est encore plus exceptionnel de jour ! On largue les amarres à 8h piles, au top ! Équipage exemplaire. Nous attendons sagement les ordres du capitaine, gilets de sauvetage enfilés, prêts à être de bons petits matelots : « Il y en a trois d’entre vous qui vont au mat pour tirer sur la corde bleu, un autre au winch pour rattraper la corde qui sert à monter la grand voile, deux autres qui s’occupent d’enlever les grosses bouées sur le côté » Olivier nous ménage, nous épargne le jargon des voileux et essaye de parler le plus clairement possible. Heureusement à la fin du week-end, tout le monde à bord sera capable de comprendre : « On fait comme d’hab, trois au pied de mat pour la drisse de grand voile, un à la manivelle, deux qui s’occupent des parbat’. Je reste à la cap et on hisse tout ça comme il faut ! »  

Barrer vingt-deux tonnes, ce n’est pas forcément évident, surtout quand la barre à roue arrive à hauteur de mon front, mais on s’y habitue !

Direction Jersey. Nous sommes sur une journée plutôt bonne : 20 nœuds de vent, un ciel gris mais par moment de belles éclaircies. Le bateau avance bien, très bien même. Une moyenne à 10 nœuds, pas mal ! Nous longeons la très belle côte jusqu’au Raz Blanchard et le Cap de la Hague. Je barre et réussis plus ou moins à tenir le cap. Barrer 22 tonnes ce n’est pas forcément évident, surtout quand la barre à roue arrive à hauteur de mon front, mais on s’y habitue ! Les sensations sont inoubliables : le bateau est marin, il encaisse parfaitement la houle et file droit devant. Vers midi, il est l’heure de déjeuner ! Sacré mission : réussir à composer des wraps faits maison dans une cuisine certes très spacieuse et ergonomique mais avec une bonne gîte ! Je m’y colle avec Olivier. Quelques bouts d’avocat s’échappent et finissent sur le sol mais au final tout se passe bien, les wraps sont roulés et l’équipage se régale, dans la joie et la bonne humeur. Mission réussie. 

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Tout le monde se sent en sécurité, Olivier explique parfaitement la situation, chacun sait ce qu’il doit faire.

Vitesse de croisière

Sur la droite nous laissons passer à la suite Aurigny, Guernesey, Herm et Sercq. Pour accompagner le café, des dauphins viennent jouer avec le bateau. A l’approche de Jersey, cela devient sportif ! Deux bons mètres de houle et des rafales à 30 nœuds, avec un vent contre courant. Olivier prend la barre, dans un calme qui impose le respect. Nous roulons la trinquette pour diminuer la voilure. Tout le monde se sent en sécurité, Olivier explique parfaitement la situation, chacun sait ce qu’il doit faire. Salopettes imperméables et vestes de quart zippées, nous sommes tous équipés pour profiter de cette navigation impressionnante et parfaitement contrôlée. Nous arrivons vers 15 heures à Saint-Hélier, port principal de l’île anglo-normande Jersey. Nous nous mettons à couple dans l’avant-port à côté d’un très joli ketch (encore plus grand que notre bateau !) qui partira ensuite en expédition dans l’Arctique. Après avoir lové quelques bouts, nous partons découvrir cette ville au charme so british. C’est fou de se dire que la veille nous étions à Paris ! L’immersion est totale : de belles petites ruelles, des anglais à l’accent bien trempé à chaque coin de rue, des pubs, des pubs et encore des pubs ! Nous décidons de nous arrêter dans l’un d’eux : le « Cock and Bottle » pour siroter quelques bières locales. Pour certains d’entre nous, le choix se portera plutôt vers du cidre, c’est une de leurs spécialités. Et ça vaut le coup ! Il est succulent. Nous profitons de quelques notes d’un concert live en même temps.

La nuit tombée, nous repartons en direction du port pour retrouver notre belle embarcation. Les lasagnes enfournées, nous avons 30 minutes pour finir l’apéro. Le temps est grincheux, nous préférons rester à l’intérieur, dans le carré, qui doit faire à peu près la taille de mon petit appartement parisien ! Tous un ti-punch à la main, préparé par le capitaine évidemment, nous écoutons les anecdotes de navigation et débriefons de la journée. Soirée à bord dans la convivialité et le rire. Malgré la bonne ambiance, nous tombons tous un à un comme des mouches, fatigués par le vent, éreintés d’une journée forte en émotions qui pour certains, fut même mouvementée… gastriquement parlant.

Mon coup de cœur ? La « Coupée » : isthme étroit franchi par le chemin qui relie les Grand Sercq et Petit Sercq.

Vues imprenables

Le lendemain matin, nous mettons les voiles en direction de la sauvage île de Sercq. Après 5 heures de navigation sous le soleil, nous attrapons une bouée dans la sublime Derrible Bay. Nous avons quasiment la crique pour nous. Seul un petit ketch à bâbord a également décidé d’élire cette baie comme refuge pour la nuit. Il nous tarde de débarquer et découvrir cette terre qui, selon les récits d’Olivier, cache bien des trésors. Mais avant, une baignade s’impose dans ce petit paradis hors du temps. Il fait beau, bon et une piscine gigantesque s’offre à nous. Pas de place pour les poules mouillées, celui qui ne se baigne pas est de corvée vaisselle jusqu’à la fin de week-end ! Ni une ni deux, tout le monde est à l’eau. Après quelques brasses rapides on se rend compte qu’il ne fait pas si chaud que ça finalement ! Une fois tout le monde séchés et revigorés, Olivier nous dépose en annexe sur la plage la plus proche. La balade sur l’île est inoubliable, les vues sont à couper le souffle. Mon coup de cœur ? La « Coupée » : isthme étroit franchi par le chemin qui relie les Grand Sercq et Petit Sercq. Le spectacle est grandiose : de part et d’autre, les falaises plongent dans la mer d’une hauteur de 80 m ! À l’Ouest, nous profitons de la vue sur Brecqhou, Jethou, Herm et Guernesey. Le temps passe vite et personne ne croit Guilhem quand son téléphone affiche 13 kilomètres parcourus ! Notre point de chute avant de retourner sur le bateau sera le pub appelé « Mermaid Tavern ». C’est le spot de tous les habitants pour la petite (ou grosse) bière de fin de journée.

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Dans les Îles anglo-normandes, la déconnexion est totale et nous n’avons vraiment pas envie de rentrer.

Pour notre dernière journée, surprise : pas un nuage à l’horizon ! Les plus courageux d’entre nous en profitent pour faire un plongeon dans une eau… vivifiante ! Les autres sirotent leur café tranquillement tout en se disant secrètement « J’y vais ? J’y vais pas ? Ça a l’air bien quand même… Mais bon ça a l’air quand même très froid… ». Pour ma part, j’ai choisi l’option café au sec. Les couleurs sont sublimes : le soleil se lève et illumine peu à peu les falaises escarpées de Sercq. Il est temps de mettre le cap sur notre point d’arrivée : Cherbourg. Et dire que nous y étions il y a deux jours, nous avons peine à le croire. La déconnexion est totale et nous n’avons vraiment pas envie de rentrer. Notre navigation se passe très bien avec en couronnement un déjeuner digne du repas familial du dimanche avec grand-mère : magret de canard saignant avec son sauté de pommes de terre. Le tout mijoté dans une sauce aux oignons, poivrons et ail. Merci chef Olivier ! Après plusieurs parties de dés, nous devinons Cherbourg au loin. Le silence se fait à bord, comme si tout le monde se rendait compte que nos 3 jours allaient bientôt toucher à leur fin et qu’il fallait profiter de chaque seconde qu’il nous restait, intimement et silencieusement.

BREAK VIDÉO

 

Le mot du skipper

La mer, c’est vivre avec la force des éléments, c’est s’imprégner d’images inoubliables. C’est aussi la découverte, l’occasion de faire de belles rencontres. Quels moments magnifiques que de croiser des dauphins, des baleines, de découvrir de beaux mouillages, de visiter des endroits sublimes, ou simplement de contempler des couchers de soleil et de rêver sous des nuits étoilées. Enfin, la navigation nous plonge dans un rapport étonnant et distendu au temps et à l’espace. La sensation de vivre une journée en une semaine… ou une semaine en un jour !

Si comme Dorine et Guilhem, vous avez envie de naviguer cheveux au vent pour découvrir les Îles Anglo-Normandes, retrouvez cette croisière sur notre site.

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