L'ascension du Mont Blanc : j'en rêvais, je l'ai fait - Kazaden Blog

L’ascension du Mont Blanc : j’en rêvais, je l’ai fait

Mythique et enchanté pour les uns, intimidant et imprévisible pour les autres, le Mont Blanc ne cesse de fasciner alpinistes, explorateurs, ou simples rêveurs du monde entier. Adrien et Baptiste, tous deux passionnés de grands espaces, de nature et d’aventures, ont entrepris de réaliser l’ascension du Mont-Blanc et ses 4810 m de roche et de glace en juin dernier. De Paris à Chamonix, en passant par la Mer de Glace et la légendaire arête des bosses, plongez dans l’aventure mystique et parfois loufoque de nos deux jeunes alpinistes parisiens (et oui ça existe !)… Récit.

« Les sacs d’expédition sont lourds et difficilement manœuvrables dans les couloirs du métro. Nous avons rendez-vous, Adrien et moi, à Gare de Lyon pour enfin débuter l’aventure que nous préparons depuis des mois. Direction Chamonix où nous attend notre guide François, guide de haute montagne depuis plus de 20 ans !

Faire l'ascension du Mont-Blanc avec nos guides

Dès notre entrée dans la vallée, le ton est donné : les montagnes avoisinantes sont toutes plus impressionnantes les unes que les autres et nous semblent tout simplement insurmontables. Notre jeune carrière d’alpiniste à peine entamée, nous provoquons déjà l’hilarité des locaux dans le train. Nous ne savons pas quelle montagne est le Mont Blanc. Impossible de discerner le toit de l’Europe. Finalement, sur les conseils avisés et un poil moqueur des voyageurs, nous découvrons de l’autre côté du train l’impressionnant glacier des Bossons en contrebas du Mont Blanc, formidable structure de glace scintillante nous dominant de près de 4000 m. 

Notre arrivée à Chamonix coïncide avec la première étape de notre préparation : la location des chaussures d’alpinisme, indispensables pour gravir le Mont Blanc. Nous passons une bonne heure à sélectionner la paire qui nous accompagnera au bout de l’effort puis rentrons à l’hôtel pour nous reposer. Une journée d’entraînement sur la Mer de Glace est prévue le lendemain. Cette soirée est aussi pour nous l’occasion de découvrir Chamonix, charmante ville lovée au milieu de géants de glace. 

Le départ est donné au petit matin lorsque nous retrouvons François, notre guide. Originaire de Briançon, il nous met tout de suite à l’aise avec sa décontraction naturelle et son sens de l’humour aiguisé. Dès les premiers instants, le courant passe et nous sentons, Adrien et moi, que nous sommes entre de bonnes-mains. François vérifie rapidement notre équipement et le complète avec crampons, piolet, casque et baudrier. 

Le décor est grandiose, les Drus se dressent au dessus de nous et nous pouvons distinguer au loin la légendaire face Nord des Grandes Jorasses.

Nous empruntons le train du Montenvers qui nous emmène au-dessus de la Mer de Glace, l’un des nombreux glaciers entourant le massif du Mont Blanc. Nous découvrons rapidement pourquoi Chamonix est considérée comme La Mecque de l’alpinisme en Europe à la vue de dizaines d’alpinistes, venus répéter leurs gammes. Pour descendre sur le glacier, nous devons emprunter un système d’échelles et de câbles métalliques, parfois verticaux. Le décor est grandiose, les Drus se dressent au-dessus de nous et nous pouvons distinguer au loin la légendaire face Nord des Grandes Jorasses. Une fois sur le glacier, François nous enseigne l’art, et je pèse mes mots, de chausser les crampons. « Si cela semble ardu au premier abord, on prend rapidement le coup de main et vous chausserez bientôt vos crampons comme un vieux chamoniard« . François est un excellent professeur et les exercices s’enchaînent rapidement. Lors du retour vers la station du Montenvers nous empruntons une voie différente. Plus abrupte et aérienne que la voie normale, cette petite partie d’escalade nous permet de d’expérimenter la progression en cordée et de mettre à l’épreuve notre peur du vide. 

Le grand départ

Nous profitons d’un réveil très matinal pour acheter une cargaison de barres de céréales (ça sent l’indigestion). Nous préparons nos sacs pour l’ascension du Mont Blanc qui durera 3 jours. Crampons, piolet, casque, baudrier, bâtons, veste imperméable, polaire, lampe frontale et beaucoup d’autres accessoires indispensables viennent remplir un sac déjà bien lourd… 3 L d’eau pour compléter le tout, nous ressemblons à de véritables sherpas ! Nous allons au pied des remontées mécaniques pour rejoindre le Tramway du Mont Blanc, puis le Nid d’Aigle, point de départ de la marche d’approche. La fleur au fusil, nous arrivons au Nid d’Aigle, à 2372 m d’altitude, aux alentours de 11 h. 

Commence alors la première étape de notre ascension du Mont Blanc. Nous devons gagner le refuge de Tête Rousse, juché sur un éperon rocheux à 3167 m, pour y passer la première nuit. Nous gagnerons ensuite le sommet dans la nuit avant de dormir au célèbre et très fréquenté refuge du Goûter. La montée vers Tête Rousse est plutôt facile, avec un paysage rocailleux d’où nous apercevons chamois et choucas. Deux heures de marche plus tard, nous entrons sur un large névé. À notre passage , nous provoquons l’hilarité d’un groupe d’anglais goguenards à la vue de nos baguettes soigneusement rangées dans les porte-gourdes de nos sacs. 

Arrivée au refuge. Fou rire garanti dès l’entrée au moment de choisir ses Crocs’ pour la nuit. Disposées dans de grands bacs et en vrac, impossible de trouver une paire à ma taille. Je me retrouve donc avec un pieds droit rose en 43 et un pied gauche vert en 40 (je chausse du 41). L’ambiance au refuge est comme je l’avais imaginée : chaleureuse, authentique et imprégnée des expériences de tous les alpinistes venus s’y abriter. Des drapeaux du monde entier couvrent les murs et nous sommes reçus par un népalais à l’expérience himalayenne sortant de l’entendement. 

La sérénité de notre fin de journée est soudainement interrompue par l’évocation du redoutable couloir du Goûter, étape obligatoire et risquée qui nous mènera au sommet. Situé à quelques centaines de mètres au dessus de Tête Rousse, ce passage de 40 m de long est sujet aux chutes de pierres. Nous le passerons donc de nuit pour bénéficier du gel qui permet de retenir, du moins partiellement, les écroulements de roches. Malgré le décor enchanteur et la convivialité du refuge, le Mont Blanc et ses dangers nous rattrapent rapidement. Gravir le Mont Blanc comporte des risques, nous en prenons ici la pleine mesure. Cependant, nous avons confiance en François (plus de 60 sommets du Mont Blanc à son actif) et en notre condition physique optimale pour l’ascension. 

L’ascension du Mont Blanc – Voie normale

Je ne pense simplement qu’à mettre un pied devant l’autre, rien de plus, rien de moins.

La nuit est courte. Réveil à 2 h du mat’ pour le petit-déjeuner. Fromage, tartine de Nutella et grande tasse de thé, nous partons vivre nos rêves la panse pleine ! Le temps est doux et nous commençons l’ascension vers le refuge du Goûter à la frontale, en polaire. Encordés, nous progressons à bon rythme, François en tête, Adrien au milieu et moi qui ferme la marche. Nous arrivons rapidement au passage fatidique du couloir après environ 45 minutes. François nous fait patienter quelques instants afin de bien jauger les conditions. Pas de chutes de pierres en vue, nous traversons. La sensation est étrange. Mon cerveau occulte totalement l’appréhension et la peur. C’est comme s’il se mettait en pause pour ne filtrer que l’essentiel. Je ne pense plus qu’à une chose : mettre un pied devant l’autre.

J’entends d’abord une pierre tomber dans le couloir, puis une autre, encore une autre entraînant tout un ensemble dans un vacarme effrayant.

Quarante-cinq secondes suffisent à traverser le couloir. S’en suit alors une longue session d’escalade. Notre condition physique nous permet d’apprécier le côté ludique et complètement fou d’une ascension de nuit en milieu rocheux. Mais alors que nous commencions à entrevoir le refuge du Goûter, les dangers de la montagne nous rattrapent. J’entends d’abord une pierre tomber dans le couloir, puis une autre, encore une autre entraînant tout un ensemble dans un vacarme effrayant. Par chance, personne ne passait dans le couloir à ce moment là. Un rappel à la vigilance qui tombe à pic et que nous prenons très au sérieux. Nous finissons par atteindre le refuge du Goûter, encore endormis, vers 4 h du matin. L’occasion de prendre une tasse de thé bien chaude et de reprendre quelques forces pendant une heure.

Au dessus du refuge du Goûter (3835 m), se dresse le Dôme du Goûter, étape obligatoire de la voie normale (4304 m). François donne le signal du départ. Nous chaussons les crampons et progressons vers le sommet, totalement ébahis devant le lever du soleil. Le ciel s’embrase et se pare de rose, de bleu et d’orange dans un moment que je n’oublierai jamais. Je me souviens encore de la corde me projetant vers l’avant alors que je m’étais arrêté sans prévenir mes compagnons de cordée. Je ne pouvais simplement pas rater un moment pareil. “Once in a lifetime” dirait on outre-manche… 

La route est encore longue et je reprends rapidement mes esprits. Nous parvenons enfin au sommet de cette immense motte de neige pour découvrir le Mont Blanc, solitaire et majestueux. Le soleil est levé depuis maintenant une heure. Sans doute l’une des meilleures journées de la saison selon François. Le ciel est d’un bleu intense, caractéristique de la haute altitude. La vue sur l’arête des bosses et la suite de l’ascension est imprenable, mais laisse présager d’un effort intense pour rallier le sommet. 

Si j’imaginais la montée vers le sommet comme “Stairway to Heaven” de Led Zeppelin, c’est en fait “Highway to Hell” d’ACDC qui me vient en tête

Nous traversons un tapis de neige immaculée où seule subsiste la trace des alpinistes passés précédemment. Si j’imaginais la montée vers le sommet comme “Stairway to Heaven” de Led Zeppelin, c’est en fait “Highway to Hell” d’ACDC qui me vient en tête. Les pentes s’inclinent de manière vertigineuse et le souffle ralentit de secondes en secondes. Le mental prend alors le dessus dans ces moments de fatigue intense. Ce petit supplément d’âme venant du plus profond de mon être m’insuffle ce coup de pouce physique indispensable pour continuer. Malgré un paysage à couper le souffle, seul compte le pas suivant.  

François nous laisse passer devant pour les derniers mètres avec Adrien. Le sommet est désormais en vue, et je sais qu’il ne nous échappera pas. J’éprouve encore beaucoup de mal à décrire la vision du sommet trônant dans le bleu infini. Pas à pas, nous progressons vers un petit groupe de personnes attroupées sur l’iconique “plat” du sommet. 

Des mois d’entraînement, des heures d’effort dans la neige et le sentiment du devoir accompli, c’est assurément l’un des plus beaux moments de notre vie.

Mon piolet finit par se planter au sommet. La vague d’émotions qui m’envahit est difficilement explicable. Je domine l’Europe et ses 800 millions d’habitants. Des mois d’entraînement, des heures d’effort dans la neige et le sentiment du devoir accompli, c’est assurément l’un des plus beaux moments de notre vie (nous avons 21 et 22 ans). Le vent est violent et nous glace le sang. Je me souviens encore de la franche poignée de main avec François, nous félicitant d’un “bravo les gars, bien joué” teinté d’un accent inimitable. Vite, une photo avant que la batterie du téléphone ne gèle. C’est dans la boîte ! Un dernier moment de contemplation et nous devons déjà entamer la descente. Des heures d’effort pour 25 minutes de bonheur. C’est peu diront certains, mais nous sommes comblés !

J’ai faim ! J’ai faim ! Mon côté râleur et citadin reprend le dessus. Je ne rêve plus que d’un repas gargantuesque au refuge du Goûter. Pour cela, encore 2 h 30 de descente. Les jambes sont cotonneuses et je me demande comment mon corps tient encore debout. Nous progressons désormais en sens inverse sous un soleil de plomb dont les effets sont accentués par la réverbération sur la neige. Véritable ovni au milieu du massif, le refuge du Goûter et sa structure métallique sont en vue. C’est la délivrance ! Une sieste salvatrice et un repas espéré depuis des heures nous permettent de nous requinquer. La nuit s’annonce réparatrice et rythmée par les souvenirs de nos exploits de la journée (c’était sans compter un russe imposant ronflant sur la couchette voisine). 

Le silence règne entre nous lors du voyage retour vers Chamonix, comme si chacun avait laissé une part de lui-même sur la montagne.

7 h : Le départ est toujours très matinal, afin d’éviter les pierres du couloir du Goûter que nous devons traverser une fois de plus. Je comprends enfin l’expression des guides se demandant si “ça parpine ?”. De véritables parpaings dévalent le couloir en cette belle matinée. Hop, un petit moment d’accalmie et nous passons au pas de course. 

S’en suit une descente joyeuse et loin de tout danger. Le Nid d’Aigle en vue, il marque le point final de notre ascension au Mont Blanc. Le silence règne entre nous lors du voyage retour, comme si chacun avait laissé une part de lui-même sur la montagne. Vivre un rêve éveillé n’est pas une chose commune et peut être déboussolant. Avec Adrien nous n’avons pas trouvé meilleur moyen de redescendre sur terre que de dévorer une bonne fondue savoyarde dans le centre de Chamonix. 

Nous quittons François à regret. Une gentillesse rare, un savoir unique et des histoires savoureuses, on ne pouvait pas rêver mieux comme guide. Une chose est sûre, nous nous croiserons dans nos futures aventures alpines !  

Si comme Baptiste et Adrien, vous rêvez de gravir le plus haut sommet d’Europe, découvrez toutes nos formules d’Ascension du Mont-Blanc. 

 

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

14 − = 9